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IFRS 16, contrats de location : ce qui change et comment le piloter

La plupart des groupes voient IFRS 16 (la norme sur les contrats de location) comme un exercice d'écritures comptables à automatiser une fois pour toutes. Pourtant, le vrai sujet n'est pas l'écriture : c'est le jugement. La norme fait remonter les locations au bilan du preneur, sous la forme d'un droit d'utilisation à l'actif et d'une dette de location au passif, mais ce sont la durée retenue, le taux d'actualisation, les modifications de contrats et la dépréciation qui décident du chiffre. Côté bailleur, le modèle reste dual : location financière ou location simple. Vous ne pilotez pas une mécanique, vous tracez des décisions.

Mis à jour en juin 2026

IFRS 16, contrats de location : ce qui change et comment le piloter
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Qu'est-ce qu'IFRS 16 ?

IFRS 16 est la norme comptable internationale qui régit les contrats de location. Elle s'applique à tout contrat donnant le droit de contrôler l'usage d'un actif identifié pendant une période donnée, en échange d'une contrepartie. La première question n'est pas comptable mais qualificative : ce contrat est-il une location ou un service ?

IFRS 16 traite des contrats qui confèrent le droit de contrôler l'usage d'un actif identifié pendant une période de temps, en échange d'une contrepartie. La première question n'est donc pas comptable mais qualificative : le contrat est-il une location (lease) ou un simple service ?

Pour conclure à l'existence d'une location, trois conditions doivent être réunies :

  • l'existence d'un actif identifié ;
  • un droit d'obtenir la quasi-totalité des avantages économiques tirés de son usage ;
  • un droit de diriger l'usage de cet actif.

Pour le preneur, le modèle général impose de reconnaître au bilan un actif au titre du droit d'utilisation et un passif locatif. La norme prévoit des exemptions limitées pour les contrats de courte durée (short-term) et certains actifs de faible valeur (low-value), qui doivent rester défendables et ne pas être appliquées de façon trop large.

Comment IFRS 16 fonctionne-t-elle côté preneur ?

Le preneur, sous IFRS 16, inscrit au bilan une dette de location égale à la valeur actualisée des loyers, puis un actif de droit d'utilisation (le ROU, pour right-of-use, l'actif reflétant le droit d'occuper le bien loué) dérivé de cette dette. Au compte de résultat, la charge de loyer cède la place à un amortissement et à des charges d'intérêts.

AU BILAN DU PRENEURACTIFPASSIFDroitd'utilisation(ROU)Dettede locationAU COMPTE DE RÉSULTATChargede loyerAmortissementIntérêts

La mécanique côté preneur repose sur deux postes de bilan liés :

  • le passif locatif est mesuré à la valeur actualisée des paiements de loyer ;
  • l'actif de droit d'utilisation (le ROU) est mesuré à partir de ce passif, ajusté de certains éléments initiaux : coûts directs, paiements d'avance, avantages reçus.

Le taux d'actualisation

Quand le taux implicite du contrat n'est pas disponible, le preneur retient son taux marginal d'endettement (incremental borrowing rate, IBR). Ce taux est spécifique au contrat : il doit refléter une durée, une sûreté, un montant et un environnement économique similaires à ceux du droit d'utilisation. Un taux corporate « flat » non ajusté est souvent insuffisant.

L'impact au compte de résultat

La présentation locale du loyer disparaît, en tout ou partie, au profit de deux charges distinctes :

  • l'amortissement du droit d'utilisation ;
  • les intérêts sur la dette locative.

En principe, il n'y a pas d'impact direct en OCI (other comprehensive income, soit les autres éléments du résultat global, ces produits et charges comptabilisés en capitaux propres hors résultat net). La durée du bail, déterminante pour le calcul, dépend des options raisonnablement certaines d'être exercées ou non. C'est un point sensible : un mois d'option mal jugé déplace la dette.

Et côté bailleur ?

Côté bailleur, IFRS 16 conserve un modèle dual, proche de l'ancienne norme IAS 17 : chaque contrat est classé en location financière ou en location simple, selon que le bailleur transfère ou non la quasi-totalité des risques et avantages liés à la propriété de l'actif. La classification se fige à l'origine et ne se révise qu'en cas de modification du contrat.

Contrairement au preneur, le bailleur n'a pas connu de bouleversement : la norme conserve un modèle dual. Chaque contrat est classé en location financière (finance lease) ou en location simple (operating lease). Le critère de fond est le transfert, ou non, de la quasi-totalité des risques et avantages inhérents à la propriété. La classification se fait à l'origine et n'est révisée qu'en cas de modification du contrat.

Location financière

  • Le bailleur reconnaît un actif au titre du net investment in the lease ;
  • le revenu financier est reconnu à un taux de rendement périodique constant ;
  • IFRS 9 (la norme sur les instruments financiers, qui régit notamment la dépréciation des créances) s'applique au net investment : dépréciation, valeurs résiduelles non garanties.

Location simple

  • Les loyers sont reconnus en produit sur une base linéaire ou autre base systématique plus représentative ;
  • le bailleur continue de porter l'actif sous-jacent à son bilan et applique IAS 36 (la norme sur la dépréciation des actifs) pour en tester la valeur.

En sous-location, un bailleur intermédiaire classe la sous-location par référence au droit d'utilisation issu du head lease, et non par référence à l'actif sous-jacent.

Quels sont les points durs en pratique ?

Sous IFRS 16, les difficultés ne portent pas sur l'écriture comptable, mais sur les jugements : la durée et les options de renouvellement, le taux marginal d'endettement, les modifications de contrats, la dépréciation du droit d'utilisation. Ce sont ces arbitrages qu'il faut tracer et documenter.

Durée et options

Sur les baux résiliables ou renouvelables, il faut d'abord déterminer la période exécutoire (enforceable period), puis appliquer les tests « raisonnablement certain » aux options. Les aménagements non récupérables (leasehold improvements) interagissent avec la durée et s'analysent conjointement.

Taux marginal d'endettement (IBR)

L'IBR est un taux spécifique au contrat : il reflète une durée, une sûreté, un montant et un environnement économique similaires. Un taux corporate non ajusté est souvent insuffisant.

Dépréciation du droit d'utilisation (IAS 36)

IFRS 16 exige explicitement d'appliquer IAS 36. Si le droit d'utilisation ne génère pas de flux de trésorerie largement indépendants, le test se fait au niveau de la CGU (unité génératrice de trésorerie, soit le plus petit groupe d'actifs produisant des flux autonomes), avec un traitement symétrique de la dette de location au numérateur et au dénominateur du test.

Quels impacts pour votre direction financière ?

IFRS 16 fait remonter les locations au bilan du preneur et déplace la charge de loyer dans le compte de résultat. Cela améliore mécaniquement l'EBITDA (résultat avant intérêts, impôts et amortissements), puisque le loyer sort des charges d'exploitation, et modifie les ratios, le tableau de flux, le système d'information et les annexes. Autant de points à sécuriser avant la clôture.

  • Bilan : apparition d'un actif de droit d'utilisation et d'une dette de location, là où il n'y avait que des engagements hors bilan ;
  • Compte de résultat / EBITDA : la charge de loyer disparaît au profit d'un amortissement et d'intérêts, ce qui modifie la structure des charges autour de l'EBITDA ;
  • Ratios et covenants : endettement et structure des charges modifiés, à relire à la lumière de la norme ;
  • Tableau de flux de trésorerie : la nature des flux change (amortissement / intérêts / remboursement de dette) ;
  • Système d'information : la collecte des contrats, échéanciers, options et données d'IBR suppose un dispositif fiable ;
  • Annexes : maturités, exemptions utilisées, charges variables, réconciliations.

IFRS 16 s'articule par ailleurs avec IAS 12 (la norme sur les impôts sur le résultat : impacts d'impôts différés), IFRS 9 (dépôts de garantie, renégociations) et IFRS 15 (la norme sur le chiffre d'affaires : contrats mixtes, sous-locations).

Par où commencer / comment fiabiliser ?

Le chantier IFRS 16 commence par un inventaire des contrats par famille d'actifs, puis par une note documentant les jugements clés (qualification, durée, taux, exemptions) avant de construire le calcul. L'enjeu n'est pas de produire vite un chiffre, mais de tracer une piste d'audit défendable. Ne confondez pas diagnostic de principe et mesure robuste.

  • Diagnostic : inventaire des contrats et cartographie des familles d'actifs. Identifier les contrats arguables (concessions, emplacements, redevances) plutôt que les exclure d'emblée ;
  • Collecte : contrats et avenants, échéanciers, dates de début et de fin, options, ventilation lease / service, données d'IBR ;
  • Note de jugement : qualification, durée, taux et exemptions, documentés ;
  • Workbook / calculateur : passif locatif, droit d'utilisation, amortissement, intérêts et disclosures.

Risques fréquents à éviter : conclure trop vite à l'absence de bail, appliquer trop largement l'exemption low-value, sous-documenter la durée retenue, oublier les composantes service, et mélanger diagnostic de principe et mesure robuste.

Questions fréquentes

IFRS 16 supprime-t-elle vraiment le hors-bilan pour les locataires ?

En grande partie, oui. Le modèle général du preneur impose de reconnaître au bilan un droit d'utilisation et un passif locatif. Seules subsistent des exemptions limitées pour les contrats de courte durée et certains actifs de faible valeur, qui doivent rester défendables.

Quel taux d'actualisation retenir pour la dette de location ?

À défaut de taux implicite disponible, on retient le taux marginal d'endettement (IBR), spécifique au contrat : il doit refléter une durée, une sûreté, un montant et un environnement économique similaires. Un taux corporate non ajusté est souvent insuffisant.

Comment déterminer la durée d'un bail avec options de renouvellement ?

On détermine d'abord la période exécutoire du contrat, puis on applique les tests « raisonnablement certain » aux options. Les aménagements non récupérables doivent être analysés conjointement, car ils peuvent influencer la durée retenue.

Faut-il déprécier un droit d'utilisation ?

Oui. IFRS 16 exige explicitement d'appliquer IAS 36 au droit d'utilisation. S'il ne génère pas de flux de trésorerie largement indépendants, le test se fait au niveau de la CGU, avec un traitement symétrique de la dette de location.

Le traitement côté bailleur change-t-il avec IFRS 16 ?

Peu. IFRS 16 conserve un modèle dual proche de l'ancien IAS 17 : classification en location financière ou simple selon le transfert des risques et avantages.

Comment traiter une concession ou une remise de loyer accordée par le bailleur ?

Une même concession peut appeler deux traitements : IFRS 9 pour la créance déjà comptabilisée, et IFRS 16 pour les paiements futurs, traités comme une modification de contrat.

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